Réflexions du fauteuil : une question d’éthique et de moralité
06 04 2009
Il ne se passe pas une semaine sans qu'un nouveau nom s'ajoute sur la liste des amis de l'entrepreneur Tony Accurso. Il y a beaucoup de monde qui mange dans sa main et navigue sur son bateau.
Le dernier en liste est l'ex-président du comité exécutif de la ville de Montréal, Frank Zampino. Après avoir refusé de dire s'il avait séjourné sur le paquebot de plaisance de M. Accurso alors qu'il était en fonction, il a finalement admis y avoir séjourné à deux reprises. On ne sait pas s'il y a rencontré les ex-dirigeants de la FTQ Construction, Jean Lavallée « je signe les comptes de dépenses les plus somptueux les yeux fermés », Jocelyn Dupuis « j'utilise un faux nom pour signer moi-même les reçus de mes petits-déjeuners à 200 $ que mon boss va signer parce que je suis digne de confiance et qu'il est aveugle » et Michel Arsenault « vous êtes tous des mauvaises langues qui veulent détruire la réputation de ceux qui se sacrifient pour la protection de la classe ouvrière », le président de la FTQ et du Fond de solidarité de la FTQ. Toutes ces personnes ont quelque chose en commun, elles n'ont aucun sens de l'éthique.
L'éthique est la science de la morale et des mœurs. C'est ce qui définit la conduite à respecter dans les relations humaines et le comportement en société. Dans le cas des politiciens et des personnes élues ou nommées dans des organismes publics ou de représentation comme les syndicats, elle consiste en partie à maintenir une saine distance avec des personnes qui pourraient les placer en situation de conflit d'intérêts.
J'ai déjà écrit dans une autre chronique ce que je pensais des relations incestueuses entre des dirigeants syndicaux et les entrepreneurs. En ce qui concerne M. Zampino les choses sont un peu moins limpides, mais on se doute qu'il y a anguille sous roche. Depuis qu'il a quitté ses fonctions municipales, il est devenu vice-président de la firme Desseau, un des partenaires du consortium GéniEAU, qui a obtenu le plus gros contrat jamais accordé par la ville de Montréal. D'une valeur de 355 millions, ce contrat concerne l'installation de compteurs d'eau dans les entreprises. Ce qui est intéressant, c'est que M. Accurso est un partenaire du consortium par le biais de la firme Simard-Beaudry dont il est le propriétaire et qui est une des plus importantes entreprises de construction du Québec.
M. Zampino a participé à l'octroi du contrat de 355 millions à GéniEAU alors qu'il était l'homme le plus puissant la ville après le maire. On est en droit de se demander s'il a agi pour favoriser son ami Accurso et si sa nomination à la direction de Desseau n'est pas un cadeau différé pour faveurs obtenues. Selon ce qu'a déclaré le maire, M. Zampino ne l'a pas informé des relations étroites qu'il entretenait avec l'entrepreneur ni des croisières sur son bateau. Ça peut se comprendre, car M. Zampino devait bien savoir que cette relation était douteuse vu la fonction qu'il occupait.
Pour sa défense, Frank Zampino a dit qu'il avait payé ses voyages sur le bateau. La belle affaire! J'aimerais bien qu'il nous montre ses factures. Au moins, les dirigeants syndicaux n'ont pas eu le culot de sortir une justification aussi éculée pour se disculper. Qu'il ait payé ses faveurs ne change rien au fait que d'accepter des cadeaux d'une si grande valeur d'un entrepreneur à qui on donne des contrats avec de l'argent public est indécent et immoral.
Le maire Tremblay a d'abord réagi en se scandalisant qu'on mette en doute son intégrité et celle de son équipe. Il s'est ravisé lundi en demandant au vérificateur général d'enquêter pour s'assurer que le contrat accordé à GéniEAU l'a été selon les normes établies. C'est important de le faire, car de plus en plus d'informations laissent entendre qu'il a été payé beaucoup trop cher. À Toronto, un contrat semblable aurait permis d'installer deux fois plus de compteurs pour la moitié du prix.
Finalement, le gouvernement devrait nommer un commissaire à l'éthique pour les municipalités. Les élus municipaux sont souvent des commerçants, des entrepreneurs et des femmes et hommes d'affaire qui peuvent facilement se retrouver en situation de conflit d'intérêts. Nous avons tous entendu des histoires à la Frank Zampino un peu partout au Québec. Il est temps de mettre un peu d'éthique et de morale là-dedans.
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Publié par : jacqueso à 23:39:11Permalien
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